DNA 23.7.2007


La question de la semaine dernière
La route des Crêtes : pas à interdire mais à préserver
Chacun est d'accord : il faut préserver la route des Crêtes. Mais il ne faut pas forcément bannir la circulation des automobiles et des motos.

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1393 votants
La question de la semaine dernière :
Faut-il interdire la circulation des automobiles et/ou des motards sur la route des Crêtes ?
Oui à toute circulation556 soit 39 %
Oui aux automobiles 57 soit 4 %
Oui aux motos287 soit 20 %
Non410 soit 29 %
Cela ne me concerne pas 42 soit 3 %
Je n'ai pas d'opinion 41 soit 2 %
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Les dimanches, la route des Crêtes est envahie par des milliers de véhicules, dont des motos, malgré les navettes mises en place pour acheminer touristes et randonneurs sur les chaumes (voir notre sondage de la semaine dernière).
Certains réclament depuis longtemps que cette route, entre le col de la Schlucht, le Markstein et le Grand Ballon, soit interdite à la circulation afin que les hauteurs retrouvent leur tranquillité, les milieux naturels fragiles leur bio-diversité, que la faune soit ménagée et moins stressée. On nous cite d'autres exemples où des lieux remarquables ont été préservés de l'envahissement de la voiture : le Puy du Dôme, la pointe du Raz, le lac des Bouillouses dans les Pyrénées orientales, la vallée de l'Ordessa dans les Pyrénées espagnoles. Les exemples ne manquent pas en Suisse, en Allemagne, aux États-Unis (Grand Canyon) et même dans les parcs nationaux du premier pollueur mondial, la Chine, nous signale notamment le Munstérien Jean Uhrweiller, vice-président d'Alsace Nature Haut-Rhin.


Lutte contre la pollution
39 % d'entre vous estiment nécessaire de mettre fin à ce que vous appelez « l'anarchie » sur les cimes.
Bien sûr, il y a les tenants de l'interdiction pure et dure de circuler afin que cessent les pollutions au CO©˜ et sonores. Des dérogations pourraient être accordées aux voitures des fermiers-aubergistes, des personnes à mobilité réduite ou des familles accompagnées d'enfants en bas-âge. Certains préconisent que l'interdiction soit levée en semaine, d'autres proposent que la route soit seulement interdite aux camions, à tous les véhicules pollueurs, aux camping-cars, aux 4 X 4, aux quads et aux motos. 20 % de nos correspondants crient, d'ailleurs, haro sur les motards.
D'après eux, ils prennent la route des Crêtes pour un circuit de vitesse. Et les rugissements de leurs échappements se font entendre loin sur les chaumes et troublent ce qui devrait être une zone de silence. Sont essentiellement visés les motards allemands qui roulent souvent en colonie. La Forêt-Noire leur refuse l'accès de certaines routes, du coup ils viennent se « défouler » chez nous.


Victimes des excès des uns
Certains motards qui utilisent en toute décontraction la route sommitale pour la beauté de ses paysages regrettent d'être stigmatisés pour les excès de certains.
Quelques partisans d'une modération de la fréquentation de la route réclament l'instauration d'une limitation de la vitesse avec des contrôles fréquents, d'autres la mise en place d'un péage suffisamment dissuasif comme dans les parcs nationaux aux États-Unis. Ces deux mesures s'accompagneraient d'un renforcement des navettes des crêtes et même la création de téléphériques ou funiculaires amenant touristes, randonneurs, skieurs directement des gares TER aux sommets.


Perte sèche pour le tourisme ?

Les personnes favorables au maintien de la circulation avancent des arguments classiques comme l'entrave à la liberté individuelle («arrêtons d'interdire »). Pour eux, l'interdiction de la circulation mettrait en place une ségrégation entre ceux qui ont les moyens de s'offrir la possibilité d'admirer les magnifiques panoramas que cette route révèle et les autres.
Nombreux, parmi ces gens, sont ceux qui estiment que l'on n'a pas le droit de couper une route à une catégorie de véhicules, qu'elle n'est pas privée, qu'elle est financée par l'argent public. Ils montent au créneau contre le lobbying des défenseurs de l'écologie. Ils craignent aussi que l'interdiction de circulation mette à mal l'économie de montagne (fermes-auberges, hôtels) qui a besoin du tourisme pour survivre. D'ailleurs, pour beaucoup, la coupure de la route porterait un coup fatal à tout le tourisme en Alsace. « Est-il concevable que des Danois, des Belges ou des Néerlandais continuent de visiter notre belle région, nous écrit un lecteur de Strasbourg qui veut conserver l'anonymat, sans qu'ils puissent monter sur la route des Crêtes ? »


Écrits de lecteurs

Halte au bruit et à la pollution
Ute Ruf (Sainte-Marie-aux-Mines) : « La valeur et la qualité d'un paysage augmentent avec l'interdiction de la circulation motorisée. Les espèces sensibles réapparaissent. Voir l'exemple de Belchen en Forêt-Noire, interdit à la circulation depuis décembre 2001 et qui attire 300 000 visiteurs tranquilles par an. »


Dominique Humbert (Mulhouse) : « Fermons d'urgence cette autoroute inutile et réinventons des transports alternatifs pour tous (navettes électriques, vélos en libre accès) »


Claude Kuhne (Vendenheim) : « Les "randonneurs en colère" existent au même titre que les "motards en colère" qui, eux, ne se gênent pas pour se faire entendre. »


Francine Kanitzer : « Les motos allemandes interdites de circuler en Forêt-Noire viennent se défouler en France. »
Gérard Obermosser (Sondernach) : « La vitesse devrait être limitée sur cette route. »


J.B.E. (Breitenbach, 68) : « Je suis riverain d'une route qui mène aux Crêtes. C'est l'enfer, en particulier à cause des motos dites "sportives" qui font dix fois plus de bruit qu'un semi-remorque. »


Christel Wolf (Markstein) : « On ne parle jamais des camping-cars qui n'apportent rien à l'économie du massif sauf des poubelles et des vidanges sauvages sur la route ou les aires de stationnement. »


Jean-Luc Lehmann (Mulhouse) : « Ça fait bien longtemps qu'on aurait pu penser à installer des dispositifs du type téléphérique pour transporter les touristes et les skieurs à partir des gares des vallées de Thann ou Munster. »


Haro sur les motards
Jacquy Mouginy (Lièpvre) : « Je suis cyclotouriste et souvent confronté à la dangerosité de la conduite des motards en montagne. »


K.L. (Soultzeren) : « Quand on habite à proximité de la route de la Schlucht et qu'on a passé une journée dans le vacarme des échappements trafiqués, on se surprend à avoir une haine féroce contre tout ce qui a deux roues. »
Patrick Peyre (Bischheim) : « Marcher dans le bruit n'est pas génial. Il existe d'autres endroits pour le défoulement des autos et motos (circuits) »


Jean-Nicolas Muller (Soultzbach-les-Bains) : « Pourquoi autoriser chez nous ce que les étrangers ne peuvent faire chez eux ? »


Jean-Claude Hipper (Kingersheim) : « C'est un endroit magnifique qu'il faut protéger. Monter sur les crêtes, cela se mérite. Halte au bruit, à la pollution ! »


Accessible à tous
Jean-Xavier Gartner (Auckland - Nouvelle-Zélande) : « Cette route est belle et permet au plus grand nombre d'en profiter. S'il y a des routes à fermer, c'est dans les villes pour encourager les transports en commun. »


Nathalie Wunsch (Colmar) : « Le lieu doit rester accessible à tous en respectant certaines règles de civisme afin de préserver le site. »


D.B. (Strasbourg) : « Si cette route a été construite, ce n'est pas pour qu'il soit interdit d'y circuler. Pourquoi enlever un de nos restes de liberté ? »


Yves Schnepf (Riespach) : « Avec mon épouse, je suis un motard convaincu, mais nous n'aimons pas la vitesse. Il faut renforcer les contrôles et les actions de prévention en premier lieu et surtout destinées aux motards allemands. »


Joseph Reibel (Hindisheim) : « Les personnes âgées et celles à mobilité réduite ont aussi le droit à l'accès aux fermes-auberges et aux sommets. »


Charles Adam (Colmar) : « L'attrait touristique de la route des Crêtes est tel que l'interdiction de toute circulation représenterait une catastrophe pour le tourisme dont vivent beaucoup de gens de notre région. »

 


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