La question de la semaine dernière
La route des Crêtes : pas à interdire mais à préserver
Chacun est d'accord : il faut préserver la route des Crêtes.
Mais il ne faut pas forcément bannir la circulation des automobiles
et des motos.
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1393 votants
La question de la semaine dernière :
Faut-il interdire la circulation des automobiles et/ou des motards sur
la route des Crêtes ?
Oui à toute circulation556 soit 39 %
Oui aux automobiles 57 soit 4 %
Oui aux motos287 soit 20 %
Non410 soit 29 %
Cela ne me concerne pas 42 soit 3 %
Je n'ai pas d'opinion 41 soit 2 %
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Les dimanches, la route des Crêtes est envahie par des milliers
de véhicules, dont des motos, malgré les navettes mises
en place pour acheminer touristes et randonneurs sur les chaumes (voir
notre sondage de la semaine dernière).
Certains réclament depuis longtemps que cette route, entre le col
de la Schlucht, le Markstein et le Grand Ballon, soit interdite à
la circulation afin que les hauteurs retrouvent leur tranquillité,
les milieux naturels fragiles leur bio-diversité, que la faune
soit ménagée et moins stressée. On nous cite d'autres
exemples où des lieux remarquables ont été préservés
de l'envahissement de la voiture : le Puy du Dôme, la pointe du
Raz, le lac des Bouillouses dans les Pyrénées orientales,
la vallée de l'Ordessa dans les Pyrénées espagnoles.
Les exemples ne manquent pas en Suisse, en Allemagne, aux États-Unis
(Grand Canyon) et même dans les parcs nationaux du premier pollueur
mondial, la Chine, nous signale notamment le Munstérien Jean Uhrweiller,
vice-président d'Alsace Nature Haut-Rhin.
Lutte contre la pollution
39 % d'entre vous estiment nécessaire de mettre fin à ce
que vous appelez « l'anarchie » sur les cimes.
Bien sûr, il y a les tenants de l'interdiction pure et dure de circuler
afin que cessent les pollutions au CO©˜ et sonores. Des dérogations
pourraient être accordées aux voitures des fermiers-aubergistes,
des personnes à mobilité réduite ou des familles
accompagnées d'enfants en bas-âge. Certains préconisent
que l'interdiction soit levée en semaine, d'autres proposent que
la route soit seulement interdite aux camions, à tous les véhicules
pollueurs, aux camping-cars, aux 4 X 4, aux quads et aux motos. 20 % de
nos correspondants crient, d'ailleurs, haro sur les motards.
D'après eux, ils prennent la route des Crêtes pour un circuit
de vitesse. Et les rugissements de leurs échappements se font entendre
loin sur les chaumes et troublent ce qui devrait être une zone de
silence. Sont essentiellement visés les motards allemands qui roulent
souvent en colonie. La Forêt-Noire leur refuse l'accès de
certaines routes, du coup ils viennent se « défouler »
chez nous.
Victimes des excès des uns
Certains motards qui utilisent en toute décontraction la route
sommitale pour la beauté de ses paysages regrettent d'être
stigmatisés pour les excès de certains.
Quelques partisans d'une modération de la fréquentation
de la route réclament l'instauration d'une limitation de la vitesse
avec des contrôles fréquents, d'autres la mise en place d'un
péage suffisamment dissuasif comme dans les parcs nationaux aux
États-Unis. Ces deux mesures s'accompagneraient d'un renforcement
des navettes des crêtes et même la création de téléphériques
ou funiculaires amenant touristes, randonneurs, skieurs directement des
gares TER aux sommets.
Perte sèche pour le tourisme ?
Les personnes favorables au maintien de la circulation avancent des arguments
classiques comme l'entrave à la liberté individuelle («arrêtons
d'interdire »). Pour eux, l'interdiction de la circulation mettrait
en place une ségrégation entre ceux qui ont les moyens de
s'offrir la possibilité d'admirer les magnifiques panoramas que
cette route révèle et les autres.
Nombreux, parmi ces gens, sont ceux qui estiment que l'on n'a pas le droit
de couper une route à une catégorie de véhicules,
qu'elle n'est pas privée, qu'elle est financée par l'argent
public. Ils montent au créneau contre le lobbying des défenseurs
de l'écologie. Ils craignent aussi que l'interdiction de circulation
mette à mal l'économie de montagne (fermes-auberges, hôtels)
qui a besoin du tourisme pour survivre. D'ailleurs, pour beaucoup, la
coupure de la route porterait un coup fatal à tout le tourisme
en Alsace. « Est-il concevable que des Danois, des Belges ou des
Néerlandais continuent de visiter notre belle région, nous
écrit un lecteur de Strasbourg qui veut conserver l'anonymat, sans
qu'ils puissent monter sur la route des Crêtes ? »
Écrits de lecteurs
Halte
au bruit et à la pollution
Ute Ruf (Sainte-Marie-aux-Mines) : « La valeur et la qualité
d'un paysage augmentent avec l'interdiction de la circulation motorisée.
Les espèces sensibles réapparaissent. Voir l'exemple de
Belchen en Forêt-Noire, interdit à la circulation depuis
décembre 2001 et qui attire 300 000 visiteurs tranquilles par an.
»
Dominique Humbert (Mulhouse) : « Fermons d'urgence cette autoroute
inutile et réinventons des transports alternatifs pour tous (navettes
électriques, vélos en libre accès) »
Claude Kuhne (Vendenheim) : « Les "randonneurs en colère"
existent au même titre que les "motards en colère"
qui, eux, ne se gênent pas pour se faire entendre. »
Francine Kanitzer : « Les motos allemandes interdites de circuler
en Forêt-Noire viennent se défouler en France. »
Gérard Obermosser (Sondernach) : « La vitesse devrait être
limitée sur cette route. »
J.B.E. (Breitenbach, 68) : « Je suis riverain d'une route qui mène
aux Crêtes. C'est l'enfer, en particulier à cause des motos
dites "sportives" qui font dix fois plus de bruit qu'un semi-remorque.
»
Christel Wolf (Markstein) : « On ne parle jamais des camping-cars
qui n'apportent rien à l'économie du massif sauf des poubelles
et des vidanges sauvages sur la route ou les aires de stationnement. »
Jean-Luc Lehmann (Mulhouse) : « Ça fait bien longtemps qu'on
aurait pu penser à installer des dispositifs du type téléphérique
pour transporter les touristes et les skieurs à partir des gares
des vallées de Thann ou Munster. »
Haro sur les motards
Jacquy Mouginy (Lièpvre) : « Je suis cyclotouriste et souvent
confronté à la dangerosité de la conduite des motards
en montagne. »
K.L. (Soultzeren) : « Quand on habite à proximité
de la route de la Schlucht et qu'on a passé une journée
dans le vacarme des échappements trafiqués, on se surprend
à avoir une haine féroce contre tout ce qui a deux roues.
»
Patrick Peyre (Bischheim) : « Marcher dans le bruit n'est pas génial.
Il existe d'autres endroits pour le défoulement des autos et motos
(circuits) »
Jean-Nicolas Muller (Soultzbach-les-Bains) : « Pourquoi autoriser
chez nous ce que les étrangers ne peuvent faire chez eux ? »
Jean-Claude Hipper (Kingersheim) : « C'est un endroit magnifique
qu'il faut protéger. Monter sur les crêtes, cela se mérite.
Halte au bruit, à la pollution ! »
Accessible à tous
Jean-Xavier Gartner (Auckland - Nouvelle-Zélande) : « Cette
route est belle et permet au plus grand nombre d'en profiter. S'il y a
des routes à fermer, c'est dans les villes pour encourager les
transports en commun. »
Nathalie Wunsch (Colmar) : « Le lieu doit rester accessible à
tous en respectant certaines règles de civisme afin de préserver
le site. »
D.B. (Strasbourg) : « Si cette route a été construite,
ce n'est pas pour qu'il soit interdit d'y circuler. Pourquoi enlever un
de nos restes de liberté ? »
Yves Schnepf (Riespach) : « Avec mon épouse, je suis un motard
convaincu, mais nous n'aimons pas la vitesse. Il faut renforcer les contrôles
et les actions de prévention en premier lieu et surtout destinées
aux motards allemands. »
Joseph Reibel (Hindisheim) : « Les personnes âgées
et celles à mobilité réduite ont aussi le droit à
l'accès aux fermes-auberges et aux sommets. »
Charles Adam (Colmar) : « L'attrait touristique de la route des
Crêtes est tel que l'interdiction de toute circulation représenterait
une catastrophe pour le tourisme dont vivent beaucoup de gens de notre
région. »
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