La neige n'est pas en vacances

Textes et photos Anne Thiébaut et Jean-Michel Cuenot

Les conditions sont exceptionnelles depuis le début de la semaine à la station du Markstein. La poudreuse et le soleil sont au rendez-vous, pour le plus grand plaisir des nombreux amateurs de glisse et de promenades.

UNE FOIS n'est pas coutume : les professionnels de la station du Markstein se frottent les mains. Le sourire des vacances scolaires d'hiver a complètement occulté la grimace de celles de Noël. L'an dernier à la même époque, la neige faisait cruellement défaut : il y avait du brouillard, du vent et il pleuvait. Il avait même fallu arrêter les remontées mécaniques, en pleines vacances scolaires. Rien de tout cela en ce moment. Les conditions sont idéales, aussi bien pour les amateurs de ski alpin, de surf, que de ski de fond, de luge, ou de promenades à raquettes. Depuis le week-end dernier, les pistes sont prises d'assaut, à la grande joie de Jean-Claude Bini, le nouveau responsable des remontées mécaniques : « Toutes les pistes sont ouvertes, la neige est abondante, de bonne qualité et il ne fait pas froid. Les grosses chutes sont arrivées le 6 janvier, ce qui a donné le véritable coup d'envoi de la saison. Avant, il n'y avait pratiquement que de la neige artificielle. » Actuellement, en ski alpin, on compte entre 800 et 1000 personnes par jour, sur les pistes, essentiellement une clientèle de proximité, venue de tout le département. Les touristes, environ 30 % du total, viennent surtout de la région parisienne, du Nord de la France et du Benelux.

On se croirait dans les Alpes !

Les professionnels du site, hôteliers restaurateurs, moniteurs de ski, loueurs de matériel, le personnel des téléskis et les gendarmes, arborent un large sourire. C'est tellement plus agréable sous le soleil. « On se croirait dans les Alpes!», lance cette skieuse Bas-Rhinoise venue de Weyersheim, qui découvrait hier la station. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, on a eu récemment la confirmation de l'engagement du conseil général, qui a appuyé sa volonté de donner un coup de pouce financier aux stations du département. Ainsi, sous l'égide du Syndicat mixte Markstein - Grand Ballon, les équipements seront modernisés et l'accueil amélioré, aussi bien pour l'été que pour l'hiver (L'Alsace du jeudi 20 février, page Région). Les premiers aménagements pourraient concerner l'enneigement artificiel du stade de slalom, son éclairage, éventuellement celui de la piste école de la Grenouillère, voire d'une boucle de ski de fond.

   

À la queue- leu-leu, comme à l'école. Mais ici, pas de maître : c'est Colin, le moniteur de ski, qu'on écoute attentivement.

 

Hôtel Wolf : en famille

Au Markstein, l'hôtel Wolf, c'est un peu une institution et une affaire de famille. C'est le restaurant historique du site. L'établissement appartient au patrimoine local. Colette Wolf, qui exploite la maison depuis près de 50 ans, avec son mari Georges, ses enfants et petits-enfants, est comblée : « Des conditions pareilles, c'était inespéré, après ce que nous avons enduré ces derniers hivers. Non seulement nous avons de la neige, mais en plus il y a du soleil. L'an dernier, aux vacances de carnaval, il pleuvait. Les pensionnaires s'étaient tous sauvés. » Les chambres sont occupées à 80 %. Les clients privilégient les petits séjours, entre une et trois nuits. Les pensionnaires à la semaine sont assez rares. « Pour la restauration, avec une météo pareille, les gens mangent en vitesse, une tarte à l'oignon, ou une quiche, pour retourner le plus vite possible sur les pistes. Le repas, c'est accessoire, du moins à midi. Le soir c'est différent, surtout après le ski nocturne. »

Colette Wolf entourée de ses deux petits-fils Anthony et Sébastien.

 

Les gendarmes du Markstein

Depuis le 6 janvier, quatre gendarmes ont pris leurs quartiers d'hiver au poste de secours du Markstein. Serge Lortz, chef de poste, a sous ses ordres trois militaires de l'escadron de montagne de Saint-Etienne-les-Remiremont. 24 heures sur 24, les gendarmes assurent la sécurité des skieurs et randonneurs, jusqu'au 9 mars. «Nous faisons respecter la circulation et le stationnement. Les week-ends, les skieurs sont nombreux et garent leur véhicule très mal. Si nous n'intervenions pas, ils boucheraient l'accès aux pistes», souligne Serge Lortz. En cas de verglas, les forces de l'ordre bloquent les bus, à Dauvillers, à la sortie de Linthal, pour les obliger à mettre leurs chaînes. «Nous sommes également spécialisés dans la recherche de personnes et dans le secours hors pistes. À peine installés, nous avons été sollicités à cause d'un surfeur qui s'était perdu dans le brouillard. Même chose, jeudi soir, avec deux adolescents qui sont descendus après la fermeture des téléskis.»

Le gendarme Serge Lortz (à gauche), chef du poste de secours, travaille en collaboration avec Albert Hirtz, président de l'association du secours en montagne Florival.

 

À fond sur les spatules

Les pistes de ski de fond du Markstein sont ouvertes depuis le 5 janvier. Dans une cabane en préfabriqué, Christophe Zekkout vend les forfaits et oriente les skieurs. De 8 h 30 à 17 h, le bénévole du Ski-club Ranspach fournit au fondeur le sésame qui leur donne accès aux 90 km de pistes : « Les 14 pistes sont tracées et régulièrement entretenues. Les skieurs sont ravis et les retombées positives. » Les objectifs sont variés suivant les fondeurs : « Nous avons beaucoup de familles. Les grands-parents viennent s'aérer et se balader avec leurs petits-enfants. » Sur les pistes, à côté du public familial, les sportifs travaillent leur endurance. Ces as de la glisse doublent des fondeurs à l'âme plus artistique : « Cette semaine, de nombreuses personnes se sont présentées à la caisse avec un appareil photo. Beau temps, belle neige. Il est vrai que toutes les conditions sont réunies pour immortaliser les superbes paysages », précisait hier, Christophe Zekkout.

90 km de pistes tracées, pour les skieurs de fond.

 

500 paires par jour

Depuis le début des vacances scolaires, le magasin Speck-Sports est pris d'assaut, le matin et le soir, pour la location du matériel. On y trouve tout, skis alpins, skis de fond, surfs, snowblades, luges et raquettes. « Pas le temps de traîner, il faut être efficace », souligne Éric. « Les gens sont pressés d'aller skier sous le soleil. » Dans le magasin, tout est bien organisé. D'un côté, on choisit skis et chaussures, de l'autre on règle les fixations, puis le client passe à la caisse. « Jeudi dernier, tous les râteliers étaient vides. Nous avions tout loué. En moyenne, c'est entre 450 à 500 paires de skis ou surfs par jour. Les adeptes du ski alpin restent les plus nombreux. Mais tout dépend de la qualité de la neige et de la fréquentation des pistes. » En période de forte affluence, comme ces jours-ci, une équipe de 6 à 7 personnes est nécessaire, pour accueillir les skieurs et les conseiller.

Une fois les skis choisis, il faut jouer du tournevis, pour régler les fixations.

 

Christian Meyer, le nouveau propriétaire du Petit Chamois, avec son fils Vincent, fait profiter sa clientèle de sa vaste terrasse : « En ce moment, à midi, il n'y plus une chaise de libre ».

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