ALSACE DU 22.10.03 

Au Markstein depuis 80 ans

 La famille Wolf fêtera le dimanche 26 octobre l'anniversaire de sa présence historique dans la station alsacienne. Après Édouard, le pionnier, baptisé à l'époque le « Belchenwolf », son fils Georges a pris le relais, puis son petit-fils (Georges également), l'actuel exploitant.


L
'HÔTEL WOLF est indissociable de l'histoire du Markstein. Véritable institution, l'établissement actuel est l'héritage de l'attachement de toute une famille au fleuron du ski dans les Vosges. Aujourd'hui, la cinquième génération de la famille participe activement à l'exploitation de l'hôtel, sous la direction de Georges et Colette Wolf. Que de chemin parcouru, en 80 ans, depuis l'arrivée au Markstein, en 1923, d'Édouard Wolf (lire par ailleurs), qui venait de passer plus de 30 ans au Grand Ballon. Le Belchenwolf (loup du ballon) installe d'abord une modeste « cantine », servant d'abri aux marcheurs et aux premiers skieurs.

Le dimanche, on y servait de la soupe avec des saucisses et du pain.

Âgé aujourd'hui de 74 ans, Georges Wolf évoque avec émotion la mémoire et la forte personnalité d'«Edy », son grand-père, pionnier de la montagne alsacienne et du ski, décédé il y a 70 ans, le 27 octobre 1933. « Quand mon grand-père s'est installé au Markstein, entre l'actuel hôtel Wolf et l'hôtel Bellevue, dans une modeste baraque de bois, il n'y avait ni eau, ni électricité, ni téléphone et les chemins n'étaient pas déneigés en hiver. Le dimanche, on y servait de la soupe avec des saucisses et du pain, parfois de la choucroute. Au Markstein, il n'y avait que quelques fermes et des refuges, construits par des associations mulhousiennes, jusqu'à l'arrivée de la famille Schlumberger. Entre 1927 et 1930, elle y a fait construire le luxueux Grand Hôtel (ensuite racheté par la SNCF, puis par Tourisme et Travail), pour l'aristocratie de l'époque, et l'hôtel Bellevue, pour les sportifs. » Le développement de ces grands hôtels a fait fuir Édouard Wolf. Il vend baraque et terrain aux Schlumberger. Il reviendra par la suite, pour construire le premier hôtel Wolf, au début des années trente, un chalet de bois, agrandi à plusieurs reprises, à l'emplacement actuel. Georges, le fils d'Édouard, né en 1889, revient au pays en 1926, après avoir émigré à l'âge de 16 ans aux États Unis, où il était le chauffeur d'un industriel de Boston. En 1927, il a épousé Célestine Wagner, qui avait été serveuse au Grand Ballon, avec le Belchenwolf. Georges a pris la gérance de l'hôtel Bellevue, puis s'est installé comme chauffeur de taxi à Lautenbach. « Mais, très vite, la montagne manquait à ma mère », témoigne son fils, qui poursuit : « Mon père et ma mère ont obtenu une licence de restauration et un terrain au Markstein. Apprenant que mes parents comptaient s'installer au milieu de leurs hôtels, les Schlumberger se sont fâchés. Finalement, un accord a été trouvé : Adolphe Schlumberger a proposé un autre terrain, ainsi que l'installation de l'eau et de l'électricité. » Georges (le père) avait cinq enfants : Georges, l'aîné, né en 1928, qui tient actuellement l'hôtel avec son épouse Colette ; Madeleine, née en 1931 ; Marianne, née en 1934 ; Marie-Thérèse, plus connue sous le surnom de Lili, née en 1946. Le cinquième enfant est décédé en bas âge.

Un obus est tombé sur l'hôtel Wolf et l'a complètement détruit

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1944, alors que les bombardements menaçaient le Markstein, la famille Wolf avait trouvé refuge dans la cave du Grand Hôtel. « Un obus est tombé sur l'hôtel Wolf et l'a complètement détruit », se souvient Georges. « En décembre, nous avons été rapatriés dans la vallée, à Lautenbach, dans la famille, à l'hôtel Bordmann, jusqu'à la libération. Avec les dommages de guerre, nous avons pu acheter un ancien véhicule militaire, ce qui nous a permis de ramasser et stocker des pierres de taille dans la montagne. L'opération a duré plus d'un an. Au printemps 1946, nous avons commencé la reconstruction de l'hôtel, à la place de l'ancien. » L'établissement ne comptait que six chambres.

Georges Wolf père est décédé en 1964, laissant l'affaire en de bonnes mains, celles de son fils, qui avait appris le métier de cuisinier avec lui. En 1955, Georges avait épousé Colette Meyer, de Mulhouse. Le couple, qui avait agrandi l'hôtel une première fois en 1966 et a fait construire une extension quatre ans plus tard. Aujourd'hui, l'établissement compte 20 chambres, est doté de spa, sauna et solarium, et dispose de plusieurs salles à manger. Georges et Colette ont trois filles : Élisabeth, Christelle et Nicole. Le couple vit et travaille à l'hôtel, où il bénéficie du soutien efficace de la famille, notamment de leurs petits-fils, Sébastien, chef cuisinier, et Antony, responsable du service en salle. La succession est bien assurée.

Moins 32 degrés
« On a tout connu, au Markstein », affirment en coeur Georges et Colette Wolf, « même des morts et une fausse couche ». Ici plus qu'ailleurs, la vie est suspendue aux caprices de la météo. L'été 2003 a été le plus chaud et l'hiver 1956 le plus froid, avec des températures inférieures à moins 32°. « En 1947, c'était la plus grosse tempête de pluie. Au Markstein il y avait de l'eau partout et des inondations en plaine. Pour dormir au sec à l'hôtel, nous couchions sur les tables, avec une autre table par-dessus, en guise d'abri, car les tôles du toit avaient été arrachées », se souvient Georges. « En 1952, nous sommes restés bloqués pendant six semaines en raison de la neige et des congères. J'ai eu l'idée d'adapter des roues jumelées à mon vieux GMC et en posant des madriers devant le camion, je suis arrivé jusqu'au chalet des Vosges Trotters. Il nous a fallu deux jours pour faire la trace, sur deux kilomètres? En 1954, nous avions la première télévision du Markstein. L'antenne avait été bricolée sur un manche à balai, dirigée vers Strasbourg. » Deux ans plus tard, la région a vécu l'hiver le plus froid : « Dehors, il faisait moins 32 degrés, avec un vent terrible. Dans la chaufferie de l'hôtel, il faisait moins 18 degrés, alors que les portes des deux chaudières étaient grandes ouvertes. Il fallait remettre du charbon toutes les deux heures. Nous regardions les Jeux Olympiques de Melbourne, à la télévision, emmitouflés dans de grosses canadiennes, avec des gants et des bonnets. Les bouteilles gelaient sur le comptoir et éclataient à la cave. » La famille Wolf a contribué à l'histoire du ski, avec la construction du premier téléski des Vosges, par les Ponts et chaussées, en 1947, au Markstein, où le premier concours de ski avait été organisé en 1904, au Treh, par les Vosges Trotters de Mulhouse. À l'époque, on remontait les pistes à pied !

Jean-Michel Cuenot


Dimanche : la fête
En 1923, Edy Wolf, baptisé aussi le Belchenwolf (loup du Ballon) arrive au Markstein avec son baluchon. Il ouvre l'auberge Chez Wolf. 80 ans plus tard, l'auberge a bien changé, mais la famille est toujours là et compte bien fêter cet anniversaire avec tous ses amis. Cette fête de la montagne aura lieu le dimanche 26 octobre, à partir de 12 h, à l'hôtel Wolf du Markstein, 70 ans jour pour jour après la mort d'Édouard Wolf, le pionnier. L'animation musicale sera assurée par le Trio Mélodie. Au menu : schifala, salade de pommes de terre, tarte aux myrtilles, pour 15 E. Réservations au Tél. 06.83.76.95.50, ou par Internet : hotelwolfAaol.com Le même jour, à 11 h, sera inaugurée la « Bulle », installée depuis cette année en face de l'hôtel, où sont régulièrement organisées des animations.


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