ALSACE DU 21.1.2004

La « grande crête » menacée ?

Nouvelles pénétrantes routières, densification des installations de ski : Alsace Nature et le Club alpin montent au créneau pour défendre la « grande crête » des Vosges.
Dans un rayon de deux heures en voiture, les Vosges sont entourées, selon Alsace Nature, par 4,7 millions d'habitants. Une énorme population qui cherche de plus en plus dans le massif montagneux le calme et la sérénité qu'elle ne trouve plus dans les zones urbaines. Mais cette fréquentation massive de la montagne exerce une pression dommageable sur une faune et une flore dont la diversité est (encore) remarquable.
“ Un ensemble très particulier qui mérite une protection très particulière”

Hervé Kielwasser

Piste de ski au Lac Blanc : en densifiant les équipements, on supprime les derniers corridors écologiques où la faune sauvage peut survivre, estime Alsace Nature.


Alsace Nature et le Club alpin français sont particulièrement inquiets pour la « grande crête » vosgienne, « un milieu unique » où l'on trouve toutes les espèces animales emblématiques du massif (chamois, lynx, grand tétras, gélinotte, cervidés) et, du point de vue de la végétation, une véritable mosaïque des habitats de l'étage subalpin. « Un ensemble très particulier qui mérite une protection très particulière », résume Jean Uhrweiller d'Alsace Nature qui évoque même une « sanctuarisation ». Qui plus est, cet ensemble est « trop petit pour être saucissonné ». Or, c'est bien de « saucissonnage » que la grande crête serait menacée. Alsace Nature pointe du doigt des « souhaits d'aménagement » dont la réalisation aurait pour conséquence d'instaurer de nouvelles « pénétrantes » pour toutes sortes de nuisances, notamment la circulation des véhicules classiques et celle des motos tout-terrain, des quads et autres motoneiges dont l'usage est interdit à titre de loisir sans qu'existe une volonté ferme de faire respecter l'interdiction. Alsace Nature critique plusieurs « souhaits » ou « projets » d'aménagement : dans le secteur du Markstein, la création d'une « route déneigée (contournant le Trehkopf avec accès par le Treh) jusqu'au Breifirst pour accéder au stade d'entraînement » de ski de fond et l'accès à la ferme Hus par la ferme Schaffert à la demande de parapentistes ; dans la vallée de Munster, la création d'une piste Mittlach-Kastelberg « à la demande de l'aubergiste du Kastelberg pour faire un aller-retour par jour sans passer par la Schlucht ». Deux projets de « téléportage » sont également dénoncés : les télésièges Gaschney-Hohneck par le col du Schaerffertal (entre les deux Honeck) et Schlucht-Chitelet (projet déjà ancien).
“ Autre danger, la densification des installations mécaniques”
Alsace Nature cite encore le déboisement « illégal » selon elle opéré par la commune de Sondernach pour élargir un chemin servant de piste pour la « nuit de la luge ». L'association fait remarquer que le péril pour la faune est particulièrement accentué dans la partie centrale de la crête (Honeck, Kastelberg) où la population de chamois a le plus régressé, où les chevreuils se raréfient de même que le grand tétras. Autre danger dénoncé par Alsace Nature, la « densification » des installations mécaniques (avec souvent enneigement artificiel et pistes éclairées la nuit) dans les quatre « grandes » stations alsaciennes (Lac Blanc Schnepfenried, Markstein, Ballon d'Alsace). Francis Dopff cite en exemple le cas du Lac Blanc où, après six années de discussion avec les défenseurs de l'environnement, c'est le projet de modernisation initial qui a été validé par le conseil général.
“ Un verrouillage total de la crête pour les espèces animales”
Il aboutirait à « un verrouillage total de la crête » pour les espèces animales alors qu'Alsace Nature réclame le maintien d'un « corridor écologique » permettant aux animaux de se déplacer sur un territoire suffisant. Faute de mieux, Alsace Nature, qui proposait au départ de démanteler les installations situées côté Lac Blanc (orientées au sud, donc peu enneigées), en est réduit à demander aujourd'hui la fermeture hivernale de la route des crêtes entre les cols du Calvaire et du Bonhomme pour restaurer ce fameux « corridor » sans quoi les territoires dévolus à la faune sauvage vont se rétrécir encore davantage.

Dominique Mercier


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