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La « grande
crête » menacée ?
Nouvelles pénétrantes
routières, densification des installations de ski : Alsace Nature
et le Club alpin montent au créneau pour défendre la «
grande crête » des Vosges.
Dans un rayon de deux heures en voiture, les Vosges sont entourées,
selon Alsace Nature, par 4,7 millions d'habitants. Une énorme population
qui cherche de plus en plus dans le massif montagneux le calme et la sérénité
qu'elle ne trouve plus dans les zones urbaines. Mais cette fréquentation
massive de la montagne exerce une pression dommageable sur une faune et
une flore dont la diversité est (encore) remarquable.
“ Un ensemble très particulier qui mérite une protection
très particulière”
Hervé Kielwasser
Piste de ski au Lac
Blanc : en densifiant les équipements, on supprime les derniers
corridors écologiques où la faune sauvage peut survivre,
estime Alsace Nature.
Alsace Nature et le Club alpin français sont particulièrement
inquiets pour la « grande crête » vosgienne, «
un milieu unique » où l'on trouve toutes les espèces
animales emblématiques du massif (chamois, lynx, grand tétras,
gélinotte, cervidés) et, du point de vue de la végétation,
une véritable mosaïque des habitats de l'étage subalpin.
« Un ensemble très particulier qui mérite une protection
très particulière », résume Jean Uhrweiller
d'Alsace Nature qui évoque même une « sanctuarisation
». Qui plus est, cet ensemble est « trop petit pour être
saucissonné ». Or, c'est bien de « saucissonnage »
que la grande crête serait menacée. Alsace Nature pointe
du doigt des « souhaits d'aménagement » dont la réalisation
aurait pour conséquence d'instaurer de nouvelles « pénétrantes
» pour toutes sortes de nuisances, notamment la circulation des
véhicules classiques et celle des motos tout-terrain, des quads
et autres motoneiges dont l'usage est interdit à titre de loisir
sans qu'existe une volonté ferme de faire respecter l'interdiction.
Alsace Nature critique plusieurs « souhaits » ou « projets
» d'aménagement : dans le secteur du Markstein, la création
d'une « route déneigée (contournant le Trehkopf avec
accès par le Treh) jusqu'au Breifirst pour accéder au stade
d'entraînement » de ski de fond et l'accès à
la ferme Hus par la ferme Schaffert à la demande de parapentistes
; dans la vallée de Munster, la création d'une piste Mittlach-Kastelberg
« à la demande de l'aubergiste du Kastelberg pour faire un
aller-retour par jour sans passer par la Schlucht ». Deux projets
de « téléportage » sont également dénoncés
: les télésièges Gaschney-Hohneck par le col du Schaerffertal
(entre les deux Honeck) et Schlucht-Chitelet (projet déjà
ancien).
“ Autre danger, la densification des installations mécaniques”
Alsace Nature cite encore le déboisement « illégal
» selon elle opéré par la commune de Sondernach pour
élargir un chemin servant de piste pour la « nuit de la luge
». L'association fait remarquer que le péril pour la faune
est particulièrement accentué dans la partie centrale de
la crête (Honeck, Kastelberg) où la population de chamois
a le plus régressé, où les chevreuils se raréfient
de même que le grand tétras. Autre danger dénoncé
par Alsace Nature, la « densification » des installations
mécaniques (avec souvent enneigement artificiel et pistes éclairées
la nuit) dans les quatre « grandes » stations alsaciennes
(Lac Blanc Schnepfenried, Markstein, Ballon d'Alsace). Francis Dopff cite
en exemple le cas du Lac Blanc où, après six années
de discussion avec les défenseurs de l'environnement, c'est le
projet de modernisation initial qui a été validé
par le conseil général.
“ Un verrouillage total de la crête pour les espèces
animales”
Il aboutirait à « un verrouillage total de la crête
» pour les espèces animales alors qu'Alsace Nature réclame
le maintien d'un « corridor écologique » permettant
aux animaux de se déplacer sur un territoire suffisant. Faute de
mieux, Alsace Nature, qui proposait au départ de démanteler
les installations situées côté Lac Blanc (orientées
au sud, donc peu enneigées), en est réduit à demander
aujourd'hui la fermeture hivernale de la route des crêtes entre
les cols du Calvaire et du Bonhomme pour restaurer ce fameux « corridor
» sans quoi les territoires dévolus à la faune sauvage
vont se rétrécir encore davantage.
Dominique Mercier
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